L’obsolescence programmée des iPhone

Certains d’entre vous ont sans doute vu l’excellent reportage Cash Investigation sur l’obsolescence programmée des appareils de consommation courante : TV, électroménager, et téléphones. Pour ceux qui seraient passés à côté, courez voir ça ici (accessible hors de France) : http://vimeo.com/44189222

Petite parenthèse, cette émission sert pour moi de référence à ceux qui se demandent à quoi bon payer la redevance télé pour avoir des rediffusions de Derrick, le nabot Pujadas avec sa brosse à reluire intégrée tous les soirs à 20h et de bonnes émissions annulées (Taratata pour ne citer qu’elle). Si ces critiques sur le service public audiovisuel sont fondées, Cash Investigation fait (malheureusement) figure d’OVNI dans le PAF : des journalistes teigneux qui vont poser les questions qui dérangent. Il suffit de voir les malaises provoqués par le sujet sur le football et le lobby du tabac auprès des parlementaires. Bref, c’est le genre de concept et de ton qu’on aimerait voir plus souvent sur nos chaines publiques.

Alors qu’entend-t-on par obsolescence programmée ? Souvent reléguée au rang de légende urbaine ou de théorie du complot néo-capitalisto-consumériste, la durée de vie de vos appareils volontairement raccourcie par les fabricants est pourtant bien une réalité. Cependant, pas de « puce » qui fera « sauter » votre machine à laver pile poil trois jours après la fin de la garantie, mais plutôt des astuces de conception qui réduiront considérablement cette durée de vie.

Le cas des smartphones est encore plus pernicieux, car au-delà de la conception, de la fabrication et du choix des composants, je vous propose d’esquisser deux axes supplémentaires qui rendront votre fidèle iPhone totalement dépassé en un temps record. J’appuierai mes conclusions sur des exemples personnels (ce qui ne donne aucune valeur à cet article !) mais également des sources plus sérieuses !

Je ne me lancerai pas dans la guéguerre des mobiles, je m’en contrefiche et je n’ai absolument aucune envie d’être le porte-parole d’une marque plutôt qu’une autre, et surtout pour pas un rond ! L’exemple de l’iPhone est plus ou moins valable pour tous les autres fabricants.

Le dénominateur commun : un bon design et une fabrication au rabais

Source : ifixit.com

Comme 9 millions de personnes en un weekend, vous avez peut-être craqué pour le nouvel iPhone (5S ou 5C), et contrairement aux prix déments annoncés dans la presse pour les appareils « nus » (sans abonnement), vous avez sans doute opté pour un nouvel abonnement auprès des opérateurs majeurs. Vous êtes donc au top de la mode et des nouvelles technologies. Bien. Mais pour combien de temps ?

Votre nouvel iPhone est beau, design sobre ou coloré, de l’extérieur tout respire la qualité qui fait partie des arguments de vente de la marque, mais quid de l’intérieur, des composants ? Car oui, votre iPhone dont le design élégant provient bien des bureaux de Cupertino, est, comme tous les autres smartphones sur le marché, fabriqué en Chine et rempli de composants au rabais. Le dernier né de la gamme ne déroge pas à la règle, comme l’ont montré les petits gars d’iFixit qui l’ont déjà démonté.

Hors casse due aux chocs ou à une utilisation négligente, la première cause de panne matérielle des smartphones est la batterie. Tout le monde a déjà constaté des baisses de performances de la batterie de son smartphone, oh rien de bien affolant, mais nombreux sont ceux obligés de se balader avec leur chargeur pour éviter de se retrouver à plat avant même la sortie du bureau. L’iPhone est sûr ce point ni mieux ni plus mal loti que ses concurrents. Mais que se passe-t-il quand il ne tient plus du tout la charge ? Que vous n’êtes plus couvert par aucune garantie ? Facile, vous allez acheter une nouvelle batterie ! Raté ! Vous n’avez bien entendu pas accès à la batterie sans démonter l’appareil. Qu’à cela ne tienne, direction la boutique votre gentil revendeur (agréé ou non) vous conseillera de vous adresser directement à Apple (qui vous facturera la réparation à un prix rédhibitoire), ou vous proposera de le faire lui-même pour un prix aussi rédhibitoire (mais un peu moins). Dans tous les cas, l’utilisateur sera incité, explicitement ou non, à souscrire un nouvel abonnement avec un téléphone neuf au prix de la réparation. Belle affaire, voilà le consommateur heureux, reparti avec un téléphone neuf (et un abonnement de 24 mois, même en cas de décès).

J’ai connu ce genre de mésaventure avec mon Samsung Galaxy S2 : batterie qui devient faiblarde et qui, un beau jour, décide de ne plus fonctionner du tout. Le téléphone s’éteint avec plus de 50 % de batterie restante, et ne se rallumera qu’une heure plus tard avec 11% de batterie, très instable, brûlant comme le désir de F. Fillon devant un électeur du Front National, avant de planter de nouveau. Une seule solution : une recharge complète. Pendant deux semaines, le problème se répétera de façon aléatoire. Garantie expirée et n’ayant pas d’abonnement, me fallait-il me résoudre à envoyer mon téléphone à la poubelle après seulement un an et demi d’utilisation ? NON !!! D’un geste élégant je retire le cache en plastique moche (qui fait bien rire les possesseurs d’iPhone) à l’arrière de mon appareil, et là, miracle, j’ai accès à ma batterie. Ni une ni deux, je cours chez mon revendeur, achète une batterie Samsung à 20 €, et voilà mon téléphone qui repart comme en 40 ! (enfin comme en 2012…). Vingt euros, pas de forfait, pas d’engagement.

Cette solution n’est cependant pas impossible pour les iPhone, mais vous demandera de la patience, des outils spécifiques, vous coûtera XX $ et pas mal de sueurs froides, et aucune garantie de résultat, l’appareil n’étant pas vraiment (ou vraiment pas) fait pour être trifouillé.

On voit donc bien le premier obstacle pour le consommateur : des composants bas de gamme made in China qui très vite fonctionne mal voire plus du tout, et pour la plupart très difficiles à remplacer. Il faut d’ailleurs noter que les fers de lance d’Android ont également cédé à cette désagréable manie de rendre la batterie inaccessible, le Nexus 4 et le HTC One pour ne citer qu’eux.

L’obsolescence logicielle

C’est pour moi LA raison qui m’a poussé vers la concurrence. Laissez-moi vous raconter l’histoire de mon iPhone 3G.

Mon iPhone 3G, livré avec le système d’exploitation iOS 3 fonctionnait à merveille lorsque je l’ai acheté en 2009. Vite dépassé par le nouveau modèle 3Gs et bientôt l’iPhone 4, il tenait cependant la route. Et puis en Novembre 2010, enfin, j’ai également droit à la dernière mise à jour du système d’exploitation d’Apple: iOS 4. Téléchargement, installation, j’ai hâte de tâter de ce nouvel iOS qui me donnera l’impression d’avoir changé de mobile gratuitement. Et là, c’est le drame. Le téléphone est horriblement lent, la moindre action de base (appel, SMS…) prend un temps fou dans le meilleur des cas et plante purement et simplement le reste du temps. Je ne suis évidemment pas le seul à rencontrer ces problèmes, et face à la grogne des utilisateurs, Apple dégaine un patch (correctif pour résoudre les problèmes). Ce correctif améliore notamment les performances. Tiens tiens, ils avaient donc une marge de manœuvre sur les performances de leurs anciens téléphones. Auraient-ils espéré que las, les consommateurs craquent pour les nouveaux modèles ? Vous savez, celui qui permet de faire des recherches à la voix qui vous répond ! (J’y reviendrai dans ma dernière partie). Mais à trop tirer sur la corde et en rendant leur anciens modèles totalement inutilisables, c’était bien calculé mais très mal dosé. Le correctif rendit donc à mon 3G une utilisation normale, quoique plus lente qu’avec iOS 3. Pourquoi ne pas revenir à ce dernier alors, si les évolutions sont minimes et les performances meilleures ? Tout simplement parce que petit à petit, toutes les dernières mises à jour des applications courantes (Facebook, Twitter, LeMonde.fr, etc…) ne fonctionnent qu’avec iOS 4, ou bien sont tellement adaptées aux nouveaux modèles, que les anciens ont du mal à les faire tourner (chargement long comme un discours de Jean-Marc Ayrault, plantages et autres fonctions non disponibles). Résultat, si je veux utiliser mon 3G aujourd’hui, je ne peux… rien faire du tout. Quasiment aucune des applications majeures ne fonctionne convenablement.

J’adresse donc ici un avertissement aux possesseurs d’iPhone 4 tentés de migrer vers le dernier iOS 7 (possible et proposé par Apple), LAISSEZ LES AUTRES ESSUYER LES PLÂTRES !!! Et on me souffle dans l’oreillette que je ne suis pas le seul à prôner la prudence : risques de lenteur (déjà beaucoup d’utilisateurs mécontents sur les forums) et consommation énorme de la batterie. Sans nul doute Apple sortira un correctif dans les semaines à venir, donc renseignez-vous bien à ce moment-là ! De toute façon, pour les utilisateurs d’iPhone 3Gs et 4, préparez-vous à changer de mobile sous peu, mise à jour ou non, vos applications préférées deviendront inutilisables dans les mois à venir. Peut-être vous laisserez-vous tenter par un nouveau forfait ?

Voici donc la deuxième obsolescence, qui rend votre appareil de plus en plus lent, à la batterie (toujours non remplaçable) qui se vide de plus en plus, et vous rend vulnérables aux sirènes du marketing… qui constitue mon dernier point.

La mode et l’envie

Ne nous mentons pas, l’iPhone ne constitue plus depuis longtemps un objet adulé des geeks. Son interface intuitive, son joli design, et ses publicités stylées en ont fait un accessoire de mode inévitable. Mieux, chaque changement de modèle introduit un nouveau signe extérieur de richesse, comme la dernière voiture à la mode ou l’écran TV toujours plus plat. Inconcevable donc dans certains milieux de sortir son vieil iPhone 3Gs qui marche pourtant très bien et qui répond à 100 % des besoins de son utilisateur, sans ressentir un certain embarras. Vision caricaturale, bien sûr, mais tellement éloignée de la réalité ?

Toujours est-il que le marché des smartphones atteint ses limites en termes de puissance nécessaire. Hormis pour certains jeux gourmands en ressources (qui concernent un public très restreint, comparés au géants Angry Birds, Candy Crush et consorts), il n’y a aucun besoin de puissance supplémentaire.

En effet, selon l’enquête de l’ARCEP de décembre dernier portant (entre autres) sur l’utilisation des smartphones par les Français, au-delà des appels et messages classiques, l’usage courant est sans surprise : navigation sur internet, email, et téléchargement d’applications pour seulement 21 % d’entre eux. On comprend donc que les smartphones d’il y a 3-4 ans remplissaient déjà totalement ces rôles.

Les innovations se font de plus en plus rares et de plus en plus « gadget » : Siri, photos panoramiques, gyroscope… Quand même pas de quoi justifier d’un besoin de changement. Oui mais voilà, Apple en particulier veut susciter l’envie. Il n’est pas rare d’entendre l’un de vos proches déclarer « Ah mais moi de toute façon j’ai BESOIN d’un iPhone pour mon boulot. ». « Ah vraiment ? Tu as besoin de quoi ? ». « Bah j’ai mes mails et mon carnet d’adresse synchronisés avec mon MacBook. ». Pas d’application pro disponible uniquement sur l’AppStore, pas de fonctionnalité uniquement offerte par Apple. Votre proche a tout simplement besoin d’un smartphone. iPhone, Android ou Windows Phone, tous répondent à 100 % des besoins de 95 % des utilisateurs (chiffres maison, pas la peine de me demander la source). La pression sociale, le dernier gadget qui va permettre de frimer devant ses potes, le nouveau design sobre/coloré selon les goûts, ça ne justifie en rien l’achat d’un nouveau téléphone et bien souvent de l’abonnement entubatoire qui va avec. Au final, rien d’autre que l’envie ne motive l’achat du dernier terminal à la mode (c’est valable aussi pour Android, évidemment, pourquoi prendre le dernier Xperia si son Galaxy S2 se porte comme un charme ?).

Le consommateur doit donc faire face à trois éléments très distincts et qui vont attaquer de front 3 faiblesses : sa méconnaissance technique et le manque d’informations (peut-on vraiment reprocher à l’utilisateur lambda de ne pas être ingénieur en électronique ?), la lassitude face à un produit qui marche de moins en moins bien au fil du temps (dû au logiciel et non au matériel), et enfin les sirènes du marketing qui fournissent leur lot d’argument futiles pour vous faire repasser à la caisse beaucoup plus vite que prévu.

Depuis sa transplantation de batterie, mon Galaxy S2 se porte à merveille, je ne suis pas un grand fan de Samsung et je me tournerai sans doute vers une autre marque pour mon prochain appareil. Je ne veux absolument pas de forfait et donc achèterai sans doute mon prochain smartphone « nu ». Je pourrais d’ores et déjà me commander un Nexus 4, un excellent smartphone à 200 € qui fait tout aussi bien voire mieux qu’un iPhone. Seulement, je n’en ai pas besoin. Je ne ferais strictement rien de plus qu’avec mon appareil actuel. Je préfère attendre qu’il me lâche, complètement, qu’il n’y ait plus rien à faire, et d’une manière générale, je ne me jetterai jamais, jamais, sur un appareil qui vient de sortir (TV, console, PC, téléphone, OS…). Laissez les autres essuyer les plâtres. Prenez un tout petit peu de temps pour vous renseigner sur le produit dans lequel vous allez lâcher plusieurs centaines d’euros.

Les pouvoirs publics se sont emparés du sujet et une proposition de loi a même été déposée au Sénat en mars dernier. Affaire à suivre donc, mais il est déjà clair que les autorités veulent que le consommateur soit mieux informé, à défaut de contraindre les fabricants à lutter contre ce phénomène très difficile à quantifier. Plus que jamais, pas d’excuse pour vous faire pigeonner, mais si c’est le cas, faites-le en toute connaissance de cause !

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2 réflexions sur “L’obsolescence programmée des iPhone

  1. Pingback: [Suite] Un autre smartphone est possible ( ? ) | Tibtib à Dublin

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